Ci-après, dans un ordre chronologique tout aussi certain que quotidien, les discours du maire-de...
Jean-Georges Tartar(e)

prononcés face à la Mairie de Marseille à l'occasion du cri journalier de 19h30.

 


tous les oursons de l'armée de l'art renvoient à des liens supplémentaires...

 

Mardi 29 Juillet 2003 - Quai de l'Hotel de Ville face à la Mairie, Vieux Port, Marseille, 19h30.

Châlon ? - Jalon !

Ce fut le chaos, comme ailleurs, presque ordinaire.
Grêve, pas grêve, ou grêve, au pas ?
AG, AG, ah j'ai raisons et contre raisons. Panique à tort puisque tous "tendaient le protocole aux signataires pour qu'ils s'en torchent". fdc
Tous, mais pas de la même main.
On en vint aux mains.
Dans un concert d'élans téméraires, de confessions authentiques, d'accusations exaltées, jugulaires gonflées, oeil exorbité. La vaisselle a volé - les voisins se sont plaints.
Au paroxysme, je ne sais qui a dit LIBERTE ? (Libération l'a raconté)
Liberté.
Cela a sonné comme une insanité.
Cela a raisonné, résonné. Silence.
(Chacun fut rendu à lui même)

Alors on entendit le spectateur dire son désarroi, le citoyen dire sa complicité d'infortune.

Alors même que les artistes s'apprétaient à élargir le débat sur la place de l'art de la culture dans l'art on sentit que cela ne suffirait pas. (et vice vertu, que s'annonçaient de juteux débats dans le triomphe de l'onanisme)

Un spectateur a rappelé que l'art, c'est ce qui rend la vie moins ennuyeuse que l'art...
Un ange est passé, le festival s'est achevé, suivi d'une journée de silence,
de silence programmé, par le collectif "Restons Vivants" :

Une quarantaine de compagnies décidées à passer la grêve à la brosse de fer avant de la repeindre aux couleurs de l'impertinence, de la pertinence et de la créativité.
Des compagnies en rêve mises au pied du mur :
Il fallait inventer.

Mais l'imagination calait. Fatigue.
En revendiquant la liberté de créer y compris dans la grêve, nous avions fait une connerie. Il fallait l'assumer.
Je blague.
La connerie fut d'annoncer Châlon occupée.
C'est encore le spectateur qui nous a tiré d'affaires.
Il nous a montré, via solidarité, que nous n'occupions pas Châlon mais que Châlon, préoccupée, s'occupait de nous.
Pour la deuxième fois, nous redécouvrions nos oreilles. Et par la fûmes d'autant plus révoltés par la surdité du pouvoir.
Fatigués de pisser dans un violon nous avons décider de CRIER.

Et quand artistes de rue rendus à leur savoir-faire, descendants de Diogène l'emmerdeur, héritiers des harangueurs de l'Histoire, nous nous sommes trouvés dans Châlon ville débarassée de sa gangue festivalière, nous nous sommes sentis comme au premier jour... de la création.

(La détermination guidait l'imagination.)

Tant et si bien qu'à la première manifestation, disons bon-enfant, devaient en succéder d'autres plus subversives, plus graves enfin, passant de la raillerie à l'humour et l'humour à...
A l'Armée de l'Art.

L'armée de l'art ?
Nous ne jouions plus, nous jouions plus.

Nous sentions à nos côtés
Le Monde, L'Humanité, Libération,
Le Figaro l'a raconté.

La France apprenait que nous avions perdu.
Perdu le sens des réalités, que l'utopie triomphait.

Qu'un artiste en grêve peut être plus subversif qu'un intellectuel au chomage.

Cette action, nous l'avons voulu libre, autonome, solidaire, calme autant que déterminée, et LAIDE, avec une grande gueule et de grandes oreilles.

Mercredi 30 Juillet 2003 - Quai de l'Hotel de Ville face à la Mairie, Vieux Port, Marseille, 19h30.

Hier, 26 Juin, le protocole de la discorde était signé, tamponné dans une arrière-cour du MEDEF.
Aujourd'hui, l'accord en décomposition est exhumé, autopsié et... et.

Voici que les signators commencent à reconnaître qu'il était maladroit d'accuser les pauvres de l'être moins pour permettre au riche de l'être plus. Trop d'aveu tue l'aveu.

Qu'il était maladroit pour Monsieur le Baron d'inviter le personnel logé dans les écuries de travailler plus pour payer la refection du toit de son château.

Le Président a quant à lui promis de d'organiser une grande chasse aux abus mais sa meute de contrôleurs ; inspecteurs du travail, des douanes, des impôts, de l'URSSAF, voire de la gendarmerie et de la magistrature doivent de l'aveu même de François Fillon je cite : "être formés".

Nous sommes donc condamnés par des incapables, ce qui nous rassure.
Des incapables qui plongent notre ministre de la culture dans la déprime et cela nous ne pouvons l'accepter. J'y reviendrai demain, s'il n'est pas trop tard.

Une promesse de chasse, donc.

Mais la chasse a commencé !
Et nous gibier, dont les têtes sont préventivement accrochées en trophées sommes priés d'y assister en restant empaillés.

Par ailleurs, on nous accuse de répéter quand nous sommes au chômage.
C'est vrai ! Quand nous sommes au chômage nous répétons.
Il est vrai que le chômage se répète souvent.
Quand nous sommes au chômage nous écrivons, nous construisons des décors, nous cousons des costumes, nous administrons.
Nous rêvons quand nous sommes au chômage.
Nous rêvons qu'un jour artistes et techniciens soient payés quand ils travaillent.

Bon. On nous le promet. Bon.
Mais souvenons-nous du proverbe africain : "Celui qui avale une noix de coco fait confiance à son anus."

Jeudi 31 Juillet 2003 - Quai de l'Hotel de Ville face à la Mairie, Vieux Port, Marseille, 19h30.

Les nouvelles sont aussi fraîches que tristes.

Jouant le martyr entre l'enclume et le marteau...

Le ministre de la culture vient de recevoir un acteur.

La main sur le coeur et le coeur en émoi la voix cherchant le ton, le TON qui dénote comme involontairement l'impuissance et la compréhension mariées. Tâchant de pimenter d'un peu d'autorité la blessure qu'il feindra d'avouer, le ministre a parlé culture de ministère !

Il faut dire tout et son contraire.
Feindre de conseiller, faire peur, sans menacer, briller, pas trop, l'homme au maroquin va parler.

Mais déjà son expression trahit, outre ce qu'il va dire, un peu de sa pensée.

Un sourcil relevé,
l'autre plissé, il s'humecte les lèvres,
une pesnée saugrenue lui vient : dire à ce pauvre acteur "tu m'enmerdes", ou inscrire pour l'Histoire un "je vous ai compris".
Une narine caressée par un index ennuyé et encore le lobe d'une oreille caressé sont-ils le fait d'un acteur amateur où est-ce l'ennui qui trahit son homme ?
Voici qu'il croise les doigts, la pièce va commencer quand une sonnerie le sauve, téléphone.

Devant lui, l'acteur qui attend ne veut pas écouter entend le ministre qui répond :
"Non, non ! non, non. Ah, non !"

Sinistre diapason, funeste présage ou simple répétition ?

La communication terminée, le ministre va déclamer sa tirade, le ministre va proclamer ce que devant les caméras il avait affirmé :

"Le Statut est Sauvé", Pardon, le téléphone sonne, le ministre dit "Ah, oui !" et se reprend :
"J'ai sauvé le statut".
C'est un ver à six pieds.

Un silence pesant s'installe. L'acteur observe, attend la rime, et pris de pitié pour le ver solitaire lui cherche un frère...

J'ai sauvé le statut... ?

J'ai sauvé le statut...

POIL AU CUL !

(L'humour est la politesse du désespoir. La lutte continue. Demain le ministre recevra un intermittent du cinéma.)

Vendredi 1er Août 2003 - Quai de l'Hotel de Ville face à la Mairie, Vieux Port, Marseille, 19h30.

La peine de mort est rétablie !
Par milliers les guillotines du protocole attendent, dressées, et ceux qui crieront grâce seront prioritaires.

Passons, j'y reviendrai.

Dans le chaos qui nous pulvérise il est heureux de constater que tous ne perdent pas la tête, et gardent le sourire. Bel exemple, exemple édifiant de majesté que ce sourire serein, citadelle de morgue.
Je suis, dit celui qui sourit, "très satisfait du gouvernement".
Le patron des patrons, au comble du profit a obtenu, exigé, que les salaires dûs, congés et indemnités des salariés d'entreprises en faillite soit divisé par deux.
Gageons que la pommade qu'il passe à ceux qu'il gouverne est un puissant anasthésiant. Le patronat masse le pouvoir et tâche de nous aveugler dans le chaos des subtilités comptables, le chaos du calendrier des signatures, un chaos de justice dans lequel la sentence précède l'acte d'accusation rédigé par des bourreaux qui se jugent avocats et, comble, le procureur est déguisé en délégué syndical triomphant :
Le voici, serviteur de l'état à la tête d'un ministère qu'on dit encore de la culture, s'abandonnant sans frein à ses transports :

"J'ai Sauvé le Statut."

Et concluant pour parodier Danton, "demain si l'on me coupait la tête je m'en inquiéterai deux heures avant."

Citation pour citation, ce soir rappelons Danton : "Marseille se déclare montagne de la République. Elle se gonflera cette montagne, elle roulera les rochers de la liberté, et les les ennemis de la liberté seront écrasés."

Je vous disais qu'il flottait un parfum de guillotine.

Le gouvernement nous promet d'expliquer pourquoi,

APRES.

La peine de mort est rétablie.

Et après ? Après les suppliciés seront invités à suivre un cours sur la philosophie de la peine de mort.
Ils s'inscriront, tête sous le bras, aux cours du soir du ministère et les amphis de la République craqueront sous le poids des élagués, chômeurs, précaires, retraités, épargnants, tous étudiants en pauvreté, tous licenciés.
Septembre sera studieux.

En attendant, je m'adresse à la France du "bas" :

Soldats de l'art, ne sous-estimez jamais l'ennemi !

Tremblez, et que vos tremblements transforment le fusil des idées en mitraillette à création !

N'ignorez pas :
- la force déflagratrice de la culture,
- la puissance de feu des arts,
- les tirs en rafale des philosophes en colère,
- la kalachnikov Soljhénitsine et le cocktail molotov Maïakovski,
- la flèche théâtrale, la bombe poétique,
- la nucléaire subversion !

Tremblez, soldats de colère et de révolte !

Sortez l'art, sortez l'artillerie !

Ecrivez vos cris, criez vos écrits !

Tremble ennemi !

L'artiste est une grenade et tu l'as dégoupillée !

"L'art est une arme de construction massive."

L'art est vivant,

REVEILLONS LES MORTS.

Samedi 2 Août 2003 - Quai de l'Hotel de Ville face à la Mairie, Vieux Port, Marseille, 19h30.

Qui succèdera à Jacques Chirac ?

Décentralisation.
Ce cri vient de Caen où réunis hier, les collectifs ont décidé de décapiter toute velléité de structure nationale exécutive pour faire place à la guerrillart. Le foutoir s'installe enfin.

L'occupation artistique de la France, héritière de la fronde de Châlon s'est engagée à Paris-Plage métamorphosée en Paris-Grêve.

Des gens connus qui nous connaissent commencent à nous trouver meilleure mine, à trouver notre sourire sympathique.
Des gens très connus qui nous ignorent s'inquiètent que des gens connus qui nous connaissent reconnaissent les vertus du carnaval impitoyable et subversivement décalendrierisé qui se met en branle dans le tohu-bohu, le charivari et le ram-dam des contre-vérités.

Sans aller jusqu'à empaler le maire comme à l'issue de la grêve des drapiers de Rouen en 1281 - quoique -l'accompagnement des stratégies de grêve conventionnelle par l'idée a déjà prouvé et prouvera que c'est en choisissant nous mêmes nos armes que nous porterons les meilleurs coups.

Prenons notre courage chez nos camarades égyptiens à qui Ramses III réclame des briques sans fournir la paille nécéssaire et qui ont mêlé des grossièretés aux hommages en hiéroglyphes.

Prenons notre courage chez le camarade Guan qui en 1210 hurlait à Genghis Khan, "brandissant mon pinceau de poète, je ne crains pas de défier l'armée au combat !". Il n'est pas mort dans son lit, sa tête est tombée, mais mille mains ont brandi mille pinceaux.

Une idée tous les deux mille ans, allez, c'est notre tour !

En 1908, un tribun inspiré par la charte de son syndicat naissant clamait : "la grêve éduque, aguerrit, elle entraîne, elle crée." - Tiens !

En 2003, hier soir, un responsable d'un parti, par ailleurs peintre du dimanche, m'avouait, "je ne peins plus !" - La grêve...

Nous ne sommes d'aucun parti, peignons.

Peignons Guernica.

Et quand les observateurs attentifs de nos 10 000 AG nous demanderont quelle réponse nous avons trouvé à la question de "la place de l'artiste dans la société", nous montrerons quelle place a la société dans notre art.

Demain des paysans et des hommes de la terre, de la terre mondiale, nous invitent, nous, misérables vers intermittents. Nous irons !
Et je devine que nous les décevrons s'ils voient que nous traçons des sillons droits, si nous ne sommes pas capables, d'inventer des tracteurs détracteurs et des organismes génialement modifiés.
Je devine aussi que, partisans d'une météo clémente ils aimeront, avec nous, ils aimeront...
Vivre un été d'orages,
d'éclairs et de tonnerre,
d'incendies, d'inondations,
capables de générer
de nouvelles cultures.

Il me faut terminer sur une note pessimiste.

Le protocole est tombé.

Oh ! Ce n'est pas une mauvaise chute, mais il y a fracture...

Pas grave. Mais quand on nous dit qu'il est question de signer sur le plâtre, cela relève de la blague, je suppose.

La Confédération Foutue De Transiger - CFDT - explique qu'une malheureuse erreur de "copier-coller" a rendu le texte paru au Journal Officiel "incompréhensible / inapplicable" - cochez la case -

Officiel aussi, le passage incriminé a aujourd'hui disparu dans l'exemplaire aux mains des experts de la Commission Nationale du Travail.
ET POURQUOI ? - NE SAIT PAS.

Le plâtre gangrénait la plaie, on a amputé.

C'est à se demander s'ils n'essaient pas de faire sans le dire quelque chose qu'ils sont obligés d'écrire.

En tout cas, nous voilà contraints à l'autocritique.
Nous nous sommes trompés quand nous croyions être imbéciles pour ne pas comprendre le texte original. Nous avons simplement du bon sens. Gardons-le (cap).

Le protocole devrait en l'état et selon les syndicats, accroître le déficit.

Ubu n'est pas mort.

L'art est vivant.

Réveillons les morts.

Dimanche 3 Août 2003 - Quai de l'Hotel de Ville face à la Mairie, Vieux Port, Marseille, 19h30.

Un Dimanche En Eté - 19h30

Rien n'est plus intersticiel, plus gorgé de vacuité, plus suspendu dans le vide qu'un dimanche en été, à cette heure, qu'un dimanche soir de grêve en été, jour de grêve pour défendre un droit à la précarité en pleines vacances, un jour férié quand tout l'hémisphère Nord est à l'heure du pastis entre voisins de camping, sauf, sauf, sauf les riches, riches, riches, qui travaillent d'arrache-pied à la préparation du nouveau round de l'OMC en septembre à Cancun, Mexique, économiquement hémisphère Sud.

La patate chaude du protocole est au frigo jusqu'à mardi. Mais dans le frigo, l'ampoule reste allummée. Dans les cabinets des ministères, des juristes experts en béquille légale sont prêts à passer la nuit pour rafistoler les incohérences.

Nicolas Sarkozy à l'apéro familial redonne le moral à son frère du Medef, "moi, à ta place...", "laisse ton frère tranquille !", coupe la belle-soeur. Santé !

Au nouveau siège du Medef, les femmes de ménage blaguent avec les agents de sécurité et les chauffeurs, tous devenus intérimaires à temps complet (info).

Les rédacteurs en chef du "Vingt Heures" jonglent avec les réalisateurs intermittents pour éviter que des intermittents envahissent le plateau parce que le journal ne parle pas assez des intermittents qui font le Vingt Heures.

A la Cfdt , on tente de réparer l'ordinateur qui a sauté une ligne du protocole, tandis qu'une ancienne secrétaire appelée à la rescousse tape les protocoles de sortie des syndicats démissionnaires de la Confédération. On ne sait si elle pleure devant la déroute ou parce qu'lle a retrouvé sa vieille machine à boule.

Au téléphone, le Président, encore furieux que le Festival présidé par son épouse ait été annulé, fait du rappel à l'ordre au Premier Ministre du Dialogue Social -ial -al - al -al...

Dialogue authentiquement imaginé :
- Fais pas le con Jean-Pierre !
- Mais Jacques, on a eu 80%, on roule en Maserati !
- Garde ça pour la France d'en bas, t'oublie qu'avec 19% au premier tour, ta Maserati elle roule avec un moteur de Deux Chevaux ; et dis toi bien que c'est plus difficile de cohabiter avec le peuple qu'avec la gauche.

Au P.C., Ralite se fait aussi engueuler :
"Les artistes, vous nous faites... rougir.
" Vous vous réveillez cocus d'une sieste de 23 ans, et vous êtes capables d'annuler la fête !
"Calmez-vous !" (Bois un coup.)

La journée a été caniculaire.

J'ai fait la sieste.

J'ai fait la revue de presse.

Il faudra que je vous parle des horreurs éditorialistes du Figaro.

Mais pas un dimanche.

Il ne reste qu'une journée pour préparer Mardi Grand,

et Mercredi descendre à Millau,

et je dis : "Crions !"

Lundi 4 Août 2003 - Quai de l'Hotel de Ville face à la Mairie, Vieux Port, Marseille, 19h30.

Combien ?

Combien d'hectares de forêts allons nous anéantir ?
Combien d'arbres assourdis par la tronçonneuse tomberont, morts, pour finir en rouleaux de papier qui serviront à imprimer les compte-rendus des AG, symposiums, séminaires et forums sur :

"le statut de l'artiste dans la forêt, (pardon), la société."

Certes, parmi les millions de peuples et foules, dans le chaos de l'humaine hallucination, l'artiste doit secouer sa crinière de lion et sa voix tonner comme la houle.

Mais quand la peau du lion ne suffit plus il faut y coudre celle du renard qui flaire les enjeux suspects, et, maître de la ruse, voit que ceux qui sauront répondre au ministère, s'ils ne finissent à la Drac, en seront les agents, ou s'ils n'en sont, savent déjà que les mots seront payants. Talent contre talents : les deux partagent la même couche étymologique.

Quelle est la place de l'artiste dans la société ?

Nous ne nions pas que ce qui est à l'oeuvre dans la question sans être étranger à elle, la dépasse, et que l'intime se transforme à chaque unité de mot comme dirait Confucius, mais nous sommes là, traînant notre humeur questionnante dans le temps du conflit qui n'est pas un temps extraordinaire.
L'extraordinaire c'est la vie.

Oublieux de Quintilien : "l'art est de cacher l'art", nous sommes là, brillants, nous mesurant, comparant nos haillons.

Mais il faut dire qu'à notre corps défendant, nos paroles sont belles, car elles trahissent, nous trahissent surtout, déferlantes, boîteuses, défaillantes.

Quelle est la place de l'artiste dans la société ?

Nous ne savons plus qui nous sommes ; hommes en morceaux.
Morceaux d'origine contrôlée, de statut, de pouvoir, d'élans, de colères, d'enthousiasme, de crétineries et de fulgurances.

Et si nous n'étions rien ?

Alors, voyons, oyons, pétons nous les cinq sens. Rassemblons le paquetage d'arrivée, celui de la naissance.

Voyez ! C'est tout ce qu'il y a.

C'est tout, c'est nous.

Voyons nos mains pour caresser, nos seins pour allaiter, et toute la machine à reproduire, à créer.

Voyons le temps, l'espace qui n'est pas nous, qui sont la peau de notre peau, et nos paroles déferlent, belles.

La peau du mot est plus succulente que sa chair.

Je parle et ne dis rien du sens du dictionnaire.

Je dis âme et je pense âne.

Je dis j'aime et je pense haine.


Cette fuite du sens est merveille. Et l'on voit bien la détresse de celui qui prétend maîtriser.

La beauté c'est l'incontinence.

Pissons dans notre froc et nous serons sincères.

Célèbrons le sexe mou, débandons !

"La perfection de l'art est que l'art n'apparaisse pas", dit Pinocchio.

Quelle est l'artiste de la société dans la place ?

Quand le doute fond sur notre carcasse,

Laissons cet aigle se repaître.

La seule désolation c'est le coeur qui bat et que nous n'aurons pas loisir de voir arrêté.

C'est qu'on ne se voit pas mort,

Et que vivant l'on ne se voit.


L'homme cesse d'être lui même dès qu'il parle pour son compte, mais donnez lui un masque, il vous dira la vérité.

Arrêtons tout et regardons bouger la vie, la nôtre, la mécanique à 37°, le presque quintal palpitant, et le reste autour.

Et les autres comme nous, qui sont des "nous" par milliers. Un poudroiement de conscience qui cherche une unité à coups de regards, palpations, discours.

"Je ne suis pas d'accord", hurle-t-on aux AG, aux âgés, mais l'on ne tarde pas de l'être,

Quand on peut signer.

Et, plutôt que d'interroger ce qui, chez le confrère diffère, nous le voulons autre : salaud, traître, con, mauvais.

Et je le sais, et je le fais.

Quand je fais cas, cas de pas grand' chose, que j'encadre mon statut, mes diplômes et mes contrats, quand je marche sans penser à mes pieds, quand j'oublie de parler pour ne rien dire, quand j'oublie d'oublier que tout cela ne veut rien dire, que je ferais mieux de crier : "Mes pieds, où voulez-vous aller ?"

Ils me répondent qu'ils sont bien là.

Alors je conclus,

Quand l'oreille plaquée contre l'oreiller entend le temps qui palpite et que le regard tourné vers la lucarne voit le jeu des nuages et des étoiles,

Nous sommes là, non pas face au merveilleux, non pas face, mais dedans.

Combien de fois faut-il se le répéter ?

Combien d'arbres encore pour l'imprimer ?

Assez pour que cette pensée nous envahisse, et que nous ne soyions plus qu'elle, noyés dans son évidence, fondus,

Ayant répudié toute question, le jeu fatal de l'interrogation.

Car nous sommes la réponse, nous sommes là.

Laissons les forêts et les arbres tranquilles.

Crions.

Mardi 5 Août 2003 - Quai de l'Hotel de Ville face à la Mairie, Vieux Port, Marseille, 19h30.

"Die Logik des kapitalistischen systems pervertiert die sozialen gelder, in dem es sie unter dem Blickwinkel des zu investierenden Kapitals betrachtet."

Vous voyez ce que je veux dire ? Monsieur le Ministre ?

Monsieur le Ministre,
Je m'en vais vous le dire, vous dire pourquoi vous signerez.
La télé a vidé la caisse.
Le système judiciaire le sait.
Les juges condamnent les coupables, un par un comme on met une casserole sous un robinet qui fuit, et voilà que le robinet explose, PAF, ça gicle partout. Les juges sortent les parapluies, ils ne sont pas plombiers.
Le robinet c'est la loi. On vous appelle.
Et vous, plutot que de réparer, vous condamnez le robinet.
Les juges vous ont montré que des petits malins en avaient profité pour remplir leurs piscines
pendant que ceux qui payent la facture d'eau mouraient de soif.
Il n'y a qu'à les noyer.
Vous voyez ce que je veux dire ? Non ?

BON !

Les vautours bouffent les réserves des singes (artistes), et quand la bouffe vient à manquer ils se plaignent à vous et vous tuez les singes, tout en promettant de sermonner les vautours. Mais vous les connaissez les oiseaux, télés publiques ou télés privées vous les connaissez assez pour qu'on comprenne que la cruauté réservée aux singes, vous la transformiez en courtoisie pour les vautours (car, vous etes de droite, non ?).

J'entends bien votre objection :
"Singes et vautours ne mangent pas la meme chose."
Merci, Monsieur le Ministre : les artistes se nourrissent de cachets et les télés de profits. Vous voyez ?

On avance dans l'image. Non ? Non ?
L'énorme pompe à profit suce le petit robinet de la solidarité.
Vous voyez ?
L'éléphant pique les économies de la fourmi.
Vous voyez ?
Les catcheurs en bande piquent le sac de la petite dame.
Vous voyez ?

"Die Logik des kapitalistischen systems pervertiert die sozialen gelder, in dem es sie unter dem Blickwinkel des zu investierenden kapitals betrachtet".

Vous voyez ce que je veux dire ? Mr le Ministre ?
"La logique des superstructures capitalistes pervertit les fonds sociaux en les considérant sous l'angle pur de capitaux à investir".

L'image de Marx ne vous plait pas ?

Essayons De Gaulle : " le déficit (...) il ne suffit pas de sauter comme un cabri (...) "
ou : " Il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages".

BIEN.

Observez à présent autour de vous.
Les vautours se prélassent dans leurs piscines où flottent ça et là des cadavres de singes.

L'un d'entre eux, les chef des vautours s'arrache une plume, la trempe dans le sang et vous la tend pour signer...

Suspense, 2 secondes, 1 signature, 30 000 RMIstes

OUAH

C'est humain, vous sentez le frisson jouissif, l'orgasme primitif qui prend le riche quand il torture le pauvre, le fort le faible...

Du coin de l'oeil le vautour dealer d'émotions patronales vous surveille en ricanant et vous sussurre à l'oreille une promesse d'overdose sadique :

"Demain, toute la France travailleuse sera intermittente, le reste sera interimaire."

Vous vous souvenez du catéchisme jésuitique de votre homme de loi "Jojo, dit la Vipère" :

"Le fait que ces accords n'aient pas été signés par toute les organisations représentatives, ni négociés, s'agissant d'un accord interprofessionnel par les représentants des professions concernées ne constitue pas un obstacle juridique à l'agrément".

Et vous signez.

Ca craint,

CA CRIE.

Mercredi 6 Août 2003 - Quai de l'Hotel de Ville face à la Mairie, Vieux Port, Marseille, 19h30.

Vive la France,

Exception culturelle.

Et vive le poulet sénégalais !

Je n'ai pas de discours, je vous lis une lettre d'un ami sénégalais, comédien :

"Jean-Georges, c'est la merde ici, vraiment, tu sais, si je ne peux pas trouver le riz comment je peux répéter. J'ai été obligé de manger mon dernier poulet. Et tous les autres avant, je les ai mangés aussi parce que vous, les blancs, les porcs grattés, ça fait trois mois que vous exportez vos poulets au Sénégal et vous les vendez deux fois moins chers que nous.
Les européens parce que vous êtes subventionnés en agriculture et les américains parce qu'ils se débarassent de leurs stocks excédentaires. Mon commerce de poulet est foutu, j'arrête le théatre ici, je suis obligé de retourner au village (…)" (le reste est personnel)
Ibro

Revenons à nos moutons.

Vive la France, vive l'exception culturelle.
J'ai tout fait aujourd'hui pour ne pas écrire de discours, j'ai trouvé mille occupations pour me distraire de la NAUSEE.

J'ai lavé mon costume en pensant à Raffarin qui se prend pour Malraux et promet un nouveau souffle à la culture dans "Le Monde", le jour où il nous inflige un soufflet magistral !

J'ai lavé mon costume parce que j'ai senti que j'en aurai encore bien besoin.

Je me suis lavé les dents en pensant à la Cgt qui dit que non, elle n'a pas dit qu'elle pleurait sur Avignon annulé ; qui dit que oui, elle entamera une procédure judiciaire ; et je la vois, reprochant des erreurs au protocole comme un avocat qui reprocherait à un bourreau de faire des fautes d'orthographe dans le compte rendu d'exécution de son client !

Je me suis douché en pensant aux juges qui savent qu'une plainte est de mauvaise foi quand on tergiverse sur les mots.

Nous, maintenant la tête sous le bras, nous ne nous plaignons pas de mal au cou !

Nous hurlons parce que nous aimons la vie et que la guillotine s'est trompée d'adresse !

Nous crions à l'erreur judiciaire, pas à la faute de syntaxe !

En faisant la sieste, j'ai fait un cauchemar.
Je me voyais faisant mon discours ici.
Je voyais le mât du drapeau de l'Hotel de Ville enfler, enfler… bon, c'est un rêve érotique… bon, je le voyais se transformer en phallus énorme, je le voyais voler au dessus de Marseille, et ses ailes étaient les pages du protocole, et toutes les façades des théâtres de la ville étaient comme des culs gras, et tous ces culs faisaient leurs grosses commissions. Et nous, nous criions : "attention, attention !", et le dard volant se posait de théâtre en théâtre, et, bon, il y a des enfants…
Et la ville et le département et le pays entier se couvrait de commissions, et 36 000 communes, 36 000 commissions, nous invitaient à un grand banquet des intermittents où on nous servait le produit des commissions et moi je gueulais : "José, José, on veut me faire manger de la merde !"

Mais je ne peux pas faire un discours avec ça !

Je me suis dit que j'improviserai.

"Vive la France, exception culturelle."

J'ai lu La Provence, et, incroyable, j'ai fait un cauchemar prémonitoire !

Vive la France, exception faite de la culture et de son ministère, école de courbettes où, depuis 1959, et sans interruption sous la gauche, nombre de metteurs en scène et de directeurs, de ceux du Syndicat des Directeurs qui a fait le canard pendant les négociations du protocole, nombre de responsables qui montent Molière, Brecht, Shakespeare, descendent de scène pour cirer les bottes des subventseigneurs.

Je ne dis pas ça parce que je fais du théâtre de rue.

Théâtre DE salle, ou théâtre DE rue ; les deux pour la particule méritent qu'on leur botte le cul !

Pas de cabale entre enfants de la balle !

Pas de Guernicaca !

Au nom des trois unités, pas de division ; des multiplications !

Ce que je dis, je le dis parce que la commission de réflexion sur l'emploi culturel créée à Marseille n'est composée que de directeurs dont on sait à quel point ils sont menacés !

Je pourrais être très virulent là-dessus.

Je pourrais l'être jusqu'à crier, "Attention ! Attention !"

Ibro, amis sénégalais, m'avait prévenu : "Celui qui avale une noix de coco fait confiance à son anus."

Le cocotier est planté, il grandira, les gens raisonnables l'arrosent.

Gardez-vous à gauche,
Gardons-nous à droite,
Et gaffe au centre,

Quande je repense à mon cauchemar, j'ai envie de CRIER.

Aidez-moi…


Le Maire-De s'étant déplacé sur le Plateau du Larzac, et maintenant à Aurillac, pour ceux qui ne sont pas sur place,
il faudra attendre son retour en caisson de dépressurisation pour profiter de la suite des émissions...


 

à s u i v r e

à s u i v r e

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